27/03/2018

Silwan, au pied de Jérusalem, un quartier très convoité

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silwan et ses habitants aux portes de la vieille ville de Jérusalem

Silwan (Siloe dans l’ancien testament) jouit d’une magnifique situation  au pied de la vieille ville de Jérusalem. 55.000 habitants vivent dans ce bourg très étiré, qui a le malheur de se trouver au-dessus et  à côté du plus grand chantier archéologique israélien, celui dit de la « cité de David ». Les guides avertissent les touristes : « n’allez pas dans ce village, vous risquez de vous faire agresser ». En fait, comme tout en Israël-Palestine, pour clomprendre, il faut aller sur le terrain.  

Maisons réquisitionnées

Les habitants de Silwan (prononcez Silouane) vivent dans l’inquiétude : une partie d’entre eux est menacée d’expulsion, et leur maison risque d’être réquisitionnée pour de nouveaux émigrés juifs. Une fois que la demeure  est attribuée aux nouveaux propriétaires, parfois le matin même de l’expulsion des Palestiniens, l’armée israélienne est tenue d’assurer la protection. Ce qui n’est pas sans générer une atmosphère de tension. De là vient la méfiance des Palestiniens face aux badauds qui regardent leurs maisons : ils pensent, parfois à juste titre, qu’il s’agit d’Israéliens venus repérer leur future demeure.

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Des chantiers archéologiques aux visées politiques

Archéologie à vue politique

A l’entrée de la route qui descend vers ce grand village, des panneaux cachent des chantiers et sont recouverts de slogans : « cité de David : là où tout a commencé ». En effet, les fouilles ont révélé des canaux qui approvisionnaient Jérusalem en eau, des citernes et une cité royale.

Malheureusement pour les habitants palestiniens, les fouilles vont jusqu’à ébranler leurs maisons, certaines se sont écroulées. « L’archéologie à Jérusalem ne se pratique pas comme ailleurs ». Le Monde des Religions, dans son numéro spécial « Comprendre Jérusalem (mars 2018), cite Stéphanie Laithier, historienne du sionisme : dès 1948, et même avant, les mouvements sionistes appuient l’idée « qu’il faut chercher les traces d’une présence ancienne du peuple juif, dans le but de légitimer la présence sur place d’un futur Etat ». On peut ainsi parler d’une archéologie politique qui ne repose pas toujours sur des bases incontestables.      

Une association combattive

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Sahar Abbasi , co directrice d un centre d'information très dynamique

Les Silwanais se sont regroupés en association pour dénoncer les expulsions et la mise en danger des demeures palestiniennes. Le centre « Wadi  Hilweh Information center « est ouvert à côté de l’entrée du Musée Cité de David, pour donner le  point de vue des habitants de Silwan.

«Les organisateurs de circuit touristique   ne mentionnent que la présence de Salomon et de David, sans se soucier des périodes intermédiaires, ni des habitants palestiniens actuels, explique la co-directrice du centre Sahar Abbasi, qui habite elle-même le village.  Mais le centre d’information ne se contente pas de défendre le quartier.  Il organise des cours d’informatique, de sport pour occuper les jeunes, et propose aux femmes des réunions de lecture et de discussion. Encore une fois, cette conviction que l’éducation et  l’information sont des armes plus efficaces que les pierres.

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séance de discussion et de lecture de Palestiniennes de Silwan

 

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les excavations continuent et ébranlent les maisons

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19/03/2018

Le bus 231 relie Jérusalem à Bethleem

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Le bus 231 relie Jérusalem à Bethleem. A l’aller, pas de problème, à part les détours dus au découpage territorial décidé par Israël. 8 km, trois quart d’heure de route, puis 20 minutes de marche, et voilà le célèbre centre de Bethleem.

Le soleil, parfois voilé par un vent de sable, beaucoup de visiteurs, des commerçants affables. Et les incontournables : magnifique basilique de la Nativité, toute en hauteur, mais en rénovation. Souvent la foule rend impossible la descente  dans la grotte où Jésus serait né. La visite de la vieille ville se fait en suivant une rue qui monte en arc de cercle, et en se perdant dans les ruelles adjacentes.

Un marchand a l’intelligence d’exposer côte à côte un keffieh palestinien fabriqué en Palestine et l’autre en Chine. Un choix éthique et solidaire se présente ainsi au touriste !

Où le tableau s’assombrit

Mais le tableau se gâte au retour. Dans le bus 231, des touristes et des Palestiniens. Ils s’acquittent des 6,80 shekels (env. 2fr.s.) pour le trajet. Le bus prend la route qui remonte au nord, vers Jérusalem. Partout à l’horizon des colonies israéliennes, illégales aux yeux du droit international : il est interdit à une puissance de construire  dans les régions occupées militairement.

Au tiers du voyage, un check point, un point de contrôle israélien. Le bus palestinien se met sur la droite et s’arrête. Un jeune soldat israélien donne l’ordre à tous les jeunes de moins de 15 ans de descendre du bus. Dans le bus, yeux interrogateurs des touristes, et visages imperturbables des Palestiniens.

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Un jeune raconte

Le 11 mars, dans un bus qui ramenait un groupe d’étudiants palestiniens à l’université, l’un d’entre eux souriait au moment où deux soldats sont montés pour effectuer un contrôle. Mal lui en a pris. Ce sourire est  pris pour une provocation par un tout jeune soldat, 18 ans. Le militaire ordonne alors à l’étudiant qui a son âge de descendre, et lui dit : « toi tu continues à pied ». Pas de réaction dans le bus. Et le narrateur de se demander : « pourquoi est-ce que nous autres étudiants, ne sommes-nous pas tous descendus par solidarité ??? » Et sa réponse : « La peur. Les jeunes soldats  (en Israël chacun.e est tenu.e de faire un service militaire de trois ans, de 18 à 21 ans) sont nerveux, peu expérimentés et aiment faire sentir qui commande ».

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L’heure n’est plus aux jets de pierres

Elisabeth, Suissesse mariée à un Palestinien de Bethleem, explique : «  la nouvelle génération estime que le changement ne viendra pas en lançant des pierres. Il leur faut suivre une formation solide et sérieuse, suivre des études jusqu’au bout. C’est l’éducation qui leur donnera la force et le courage ».

« Et du courage il en faut, nous déclare-t-elle, car tout en dur dans ce pays : le manque de soins hospitaliers,  l’état des écoles (des classes de 35 élèves), l’insuffisance de la voirie, et surtout les tracasseries quotidiennes, et la difficulté de se déplacer en raison des check points et du mur, qui obligent à faire d’extravagants détours. Les déplacements sont rendus extrêmement longs et fatigants. Sans parler des interdictions. Moi-même, vivant à Bethleem, je n’avais pas le droit d’aller à Jérusalem. Je l’ai maintenant car j’ai 60 ans ! Avant, c’était impossible, alors que nous sommes à 8 km ».

Que reste-t-il de Jérusalem ?

La colonisation des terres palestiniennes, le mur de séparation, les check point bouleversent la vie  quotidienne des deux populations. « Il est indéniable, écrit le journal israélien Haaretz (9 mars 2018), que depuis 15 ans, ça a transformé la vie de beaucoup, ça a affecté l’économie des deux côtés… »

Et Arnon Soffer, professeur de géostratégie à l’Université de Haïfa, ajoute en parlant de Jérusalem : »De mon enfance, je garde l’image d’une Jérusalem  magnifique. Qu’en reste-t-il ? une ineptie  esthétique, qui est aussi une ineptie politique ».

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Magda Lena

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13/03/2018

Ma journée des femmes à Jérusalem

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Anat, Shosh et les autres se sont invitées au marché Mahané Yehuda, à Jérusalem-ouest avec leur slogan : »women wage peace », les femmes font la paix. Une centaine de femmes israéliennes et palestiniennes étaient au rendez-vous. Surprise à l’arrivée : une pancarte leur attendait : »les commerçants du marché Yehuda souhaitent la bienvenue aux femmes pour la paix ».

Les femmes se sont dispersées dans le plus grand marché juif de Jérusalem pour parler aux passants. Difficile exercice. Il faut dire que la plupart sont méfiants, voire fermés, à l’idée d’une paix avec les Palestiniens. « Moi je les connais, affirme une très jeune femme, c’est impossible de s’entendre avec eux . Ils n’ont qu’à partir, il y a suffisamment de pays arabes où ils peuvent aller « . Communication terminée, elle n’a pas envie de s’étendre  davantage sur le sujet.

Une femme plus âgée : »quand ils viennent travailler chez nous, ils sont tout gentils, mais dès qu’on a le dos tourné, ils cherchent à vous tuer »

Un vendeur de friandises est un peu plus optimiste : »si Dieu le veut, nous y arriverons à la paix. S’ils sont amicaux, je le suis aussi. Et si non, moi non plus. C’est valable face aux juifs et aux arabes. »

Shosh, qui entame ces discussions pas évidentes,  n’est pas ébranlée. « Mais non je ne suis pas découragée. Il y a de nombreuses associations ici qui veulent la paix, et elles réunissent des dizaines de milliers de gens. »  Il est vrai que Women Wage Peace comprend 40.000 membres ! « L’été dernier, renchérit Debbi, nous attendions quelques centaines de personnes à un rassemblement de parents, israéliens et palestiniens, qui ont perdu un enfant dans cette guerre, et il en est venu des milliers ! Ils étaient bien plus nombreux que prévu, si bien que 500 personnes  n’ont pas pu entrer dans le stade de Tel Aviv où nous étions rassemblés. »

La fin de la manifestation se déroule en chant et danses. Toutes sont joyeuses. Cependant, il est difficile, en ayant entendu les réactions des clients de ce marché, de partager complètement leur optimisme. « Nous n’avons pas d’autre choix que la paix, les mères ne veulent plus que leurs  enfants soient tués. C’est pourquoi notre association demande que les femmes soient inclues à tous les  niveaux des négociations de paix,  et à tous les échelons politiques. »  

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